Le pardon, et le pardon.
Où bien pour être plus clair chers lecteurs, parlons plutôt de repentance et de pardon… “à l’horizontal”, c’est à dire entre nous, les humains.
Car à ”la verticale”, c’est à dire entre Dieu et nous, les choses sont simples : tout dysfonctionnement dans la relation ne peut venir que de l’humain ; c’est ce qu’on peut appeler une histoire en noir et blanc. Ainsi, il appartient à l’homme de se repentir envers Dieu, quand cela s’impose, mais en aucun cas de Lui pardonner, car l’homme n’a jamais un réel grief contre Lui, même si dans ses égarements il peut s’en inventer.
Tandis qu’entre nous les humains, les données ne sont pas les mêmes. Au contraire d’avec Dieu, il y a des tors des deux côtés, plus ou moins à chaque fois ; car personne n’agit jamais parfaitement.
Quand nous lisons la parabole du fils prodigue (Luc 15), il y a deux approches possibles : ou le père est une figure de Dieu, ou il est un homme tout à fait ordinaire.
La première approche est recevable car nous ne voyons aucun défaut de comportement chez ce père, qui au contraire fait preuve d’une extraordinaire noblesse dans toutes ses attitudes. Difficile ainsi de ne pas penser au Père d’en Haut…
La seconde l’est aussi, car Jésus décrit une histoire qu’il situe chez les hommes, entre eux, dans une famille de la terre ; et le lecteur sérieux doit s’interdire de la transposer systématiquement ailleurs.
Toutefois pour ces deux approches, il n’y a qu’un récit.
Celui ci ne montre pas que le fils pose des conditions à son retour, et à sa réconciliation avec son père. Le fils n’en a d’ailleurs pas les moyens, il est en situation de vaincu ; c’est à dire qu’il s’est vu tel qu’il est, et qu’il a vu sa faute telle qu’elle est. On appelle cela “assumer”.
Malheureusement, souvent, il n’y a pas grand monde pour être comme ce fils prodigue qui revient, en “assumant”. Généralement, nous faisons comme Adam : “c’est la femme que tu as mise auprès de moi qui…”(Gen. 3,12). Nous faisons même comme Eve : “c’est le serpent qui m’a induite en erreur…”(Gen.3,13)
Conclusion : j’ai péché, mais je suis plutôt victime que coupable. Au passage d’ailleurs, comment se fait-il que Dieu n’est pas mis une femme plus fiable que cela aux côtés d’Adam ; et que faisait ce serpent dans le jardin… pourquoi Dieu a t-il permis qu’il y soit ?
Et c’est ainsi qu’Adam et Eve ont montré comment il fallait s’y prendre pour ne pas assumer…leurs fautes. La question personnelle est de savoir si en temps que chrétien, je suis fils d’Adam ou fils de Dieu ?
Hélas, aujourd’hui, la vraie repentance se fait rare. Des gens, parmi les chrétiens, qui admettent leurs fautes, le font dans l’esprit d’Adam et Eve. C’est à dire, j’ai fauté, mais on m’a bien aidé à le faire… j’ai eu de forts mauvais exemples, et si je n’avais pas hérité d’un tel esprit de famille, je n’en serais pas là…
Mais ce n’est pas ainsi qu’a réagi le fils prodigue. Il n’invoque rien qui le disculpe ; il ne met en cause ni son père ni son frère ni personne d’autre ; il dit : j’ai péché contre le ciel et contre toi, mon père (Luc 15,21).
Chers lecteurs, notez qu’au verset précédent, avant même que ce fils n’ait eu le temps de confesser sa faute à son père, celui ci l’a accueilli et pardonné pleinement.
Autrement dit, il y a donc se repentir vraiment et sans tergiverser, mais il y aussi donner le pardon, également de tout coeur (avant même que notre adversaire se soit humilié).
Le pardon se demande, et le pardon se donne. Ce sont deux attitudes distinctes et complémentaires.
Donner le pardon n’est pas facile ; le demander encore moins peut-être.
Donner le pardon exige la capacité d’oublier…les fautes de l’autre. C’est un effort, dans notre orgueil.
Demander le pardon implique que soi même on a été coupable. C’est un abandon de notre orgueil.
Non rarement dans ma petite existence, j’ai vu un pardon accordé par des personnes qui ne s’inquiétaient guère de le demander à leur tour à leur prochain, comme s’il était évident qu’elles n’avaient absolument aucun tors envers celui ci… Et c’est ainsi qu’après une telle “séance”, les choses s’aggravèrent au lieu de s’améliorer.
Je dirai donc que le pardon selon l’Esprit de Dieu et l’exemple de Jésus (Père pardonne leur car ils ne savent ce qu’ils font), se demande sans réfléchir à la part de culpabilité de l’autre, et sans relativiser la sienne. Le pardon se donne, comme Jésus l’a fait à la croix ; c’est à dire quand mon adversaire est en train de me trucider.
Suis je capable de cela ? Non sûrement !
Mais dois je écouter mes sentiments ou la voix de Dieu ?…
…Suis je incapable de l’appeler au secours au milieu de ma colère ?
Je prierai ; je dirai : “Seigneur, je te donne la colère que j’ai dans mon coeur, et j’accueille ton esprit de pardon qui va me permettre de pardonner”. Et je Lui ferai confiance qu’Il opère ainsi en moi.
Personne d’entre nous ne vit sans avoir été pardonné. La vie n’existe pas sans pardon. Dieu nous a parfaitement pardonné en Jésus-Christ son Fils ; sachons le en regardant la Croix et la Résurrection.
Pas de pardon accordé en fonction de l’évolution de l’autre ! Pas de pardon demandé en s’accordant des circonstances atténuantes !
La vertu du pardon ne s’acoquine d’aucun marchandage.
Au delà même de ce qui a été dit dans cet article jusqu’à présent, il convient d’ajouter en forme de conclusion que le vrai pardon n’est pas seulement une attitude, mais d’abord une personne.
Jésus-Christ est Le Pardon de Dieu ; Celui du Père ; de Notre Père, à nous qui croyons en Ce Pardon (les autres ne reconnaissant pas qu’ils sont coupables et que Le père leur a pardonné, n’entrent pas dans la jouissance de Ce Pardon, le jugeant inutile pour eux).
Pour savoir comment pardonner, je regarde Le Pardon ; je Le contemple et je Le laisse façonner mon coeur qui en a bien besoin.
Dans les temps derniers et l’Eglise Finitive, le vrai Pardon sera redécouvert et massivement pratiqué dans le coeur des croyants. C’est ainsi que des foules de malédictions seront dissoutes et que des vagues de Grâce déferleront sur le peuple de Dieu, purifié, en témoignage ultime à la terre, avant le gong final.
Bien à vous chers lecteurs,
Philippe.